Une lecture n’engage à rien : ni au retour, ni à la connaissance durable, ni même à la certitude d’aimer. Que nous ayons poursuivi nos lectures avec minutie ou obsession, dans le cadre de la recherche, de l’enseignement, ou de la prose journalistique, nous avons pourtant gardé le souvenir de nos découvertes de l’œuvre de Vladimir Nabokov. Professeur de littérature, Nabokov disait à ses étudiants : «  On ne peut pas lire un livre, on ne peut que le relire. Un bon lecteur, un lecteur actif et créateur est un re-lecteur. » Selon lui, ce lecteur « actif et créateur » ne peut réellement prêter attention au style littéraire que lorsqu’il a déjà une idée de la structure d’ensemble du roman. L’attention au détail, objectif primordial de la lecture, selon lui, nécessite la connaissance préalable du tout. Il n’en reste pas moins qu’une première lecture d’un roman aimé est un événement inoubliable, ce que Nabokov n’aurait su contredire. Une première lecture, parce qu’elle précède logiquement l’espoir ou même l’instinct de la relecture et de la recherche, est un moment privilégié, déroutant : un dialogue instinctif qu’aucune relecture ne saurait recréer. C’est d’ailleurs le secret des pédants et des érudits qui peuplent l’œuvre nabokovienne: rien ne surpasse tout à fait la curiosité de l’innocence, les émotions fragiles d’une toute première rencontre. Nous invitons nos collègues, nos amis et le plus grand nombre de curieux à se replonger dans l’émotion de leur première lecture d’un texte de Vladimir Nabokov et à nous en faire partager, dans leurs mots à eux, la particularité d’une aventure personnelle.

One reading alone does not compel one to subsequent returns, neither does it secure one’s knowledge of, or taste in, one particular author. Some of us may have pursued their readings of Vladimir Nabokov’s work with obsessive precision: for teaching, research, or journalism, yet the memory of our first encounter with the author lingers. Teaching literature, Nabokov would tell his students: “… one cannot read a book: one can only reread it. A good reader, a major reader, an active and creative reader is a rereader.” Only after having formed an idea of the novel’s complete structure can the “active and creative” reader, according to him, pay attention to the idiosyncrasies of a literary style. Attention to detail, which is, to Nabokov, the reader’s supreme task, requires an awareness of the whole. The first reading of a loved novel is no less a memorable event: this Nabokov would not have denied. The first reading of a given text, because it precedes the instinct of research, is an instinctive dialogue which a rereading will not recreate. It is a secret shared by the scholars and pedants that people Nabokov’s works: nothing quite surpasses the fragile emotions of discovery. We would like to invite here our colleagues, our friends, and all avid first time readers, to dive back into the emotions of their first encounter with Nabokov and share, in the form which inspires them most, the specificity of their personal adventure.