Nabokov et le cinéma

 Colloque international – 3 et 4 décembre 2020

La Faculté des Lettres de Sorbonne Université et Chercheurs enchantés : Société française Vladimir Nabokov

Appel à communications

 

Si les rapprochements entre le cinéma et l’œuvre de Vladimir Nabokov ont été à l’origine de plusieurs publications importantes[1], aucun colloque d’envergure n’a encore été consacré à la place occupée par le cinéma dans l’œuvre de Nabokov, ou en dialogue avec elle.

Or, les liens entre le cinéma – comme produit d’une “culture de masse” dont l’écrivain persifle la naissance dans les années 1920, alors même qu’il tourne comme figurant dans des films allemands [2]– et les romans et nouvelles de Nabokov méritent d’être explorés et interrogés : quelle a été la nature de ces liens ? Peut-on parler de référentialité, ou d’influence[3]? Dans quelle mesure l’œuvre de Nabokov porte-t-elle la trace du questionnement de l’écrivain sur la nature de ce 7ème art qui s’impose à la culture occidentale ? Comment le cinéma, à son tour, s’est-il approprié une œuvre éminemment “littéraire”, qui semble exister toute entière dans la sphère du langage ? Et Nabokov lui-même n’invitait-il pas à faire un rapprochement entre les langages littéraires et cinématographiques lorsqu’il déclarait en 1962, dans un entretien pour la BBC : « Je ne pense en aucune langue. Je pense en images[4] » ?

L’ambition de ce colloque international est de mener une réflexion transdisciplinaire et intermédiale sur ces questions, et son déroulement pourrait prendre, sans que cela ne constitue une limitation à la réflexion, au moins les quatre directions suivantes :

 

1/ étudier la présence du cinéma comme thématique ou motif ambivalents (source de fascination et de rejet chez des personnages fictionnels souvent obsédés par le cinéma), comme allusion intersémiotique ou comme métaphore dans l’œuvre de Nabokov. On pourra en particulier s’intéresser à la façon dont il reflète une culture (russe, allemande, américaine…) ou une anti-culture (en faisant des liens avec la pošlost’ ou le philistinisme que déplorait Nabokov).

 

2/ tenter d’élucider des procédés littéraires nabokoviens qui permettraient de parler d’écriture cinématique ou cinématographique (comme Nabokov en avait par exemple l’intention en écrivant Kamera Obscura). On pourra s’interroger sur les effets de perspective ou de montage repérables dans son œuvre ou sur les procédés linguistiques (l’aspect dans la langue russe, par exemple) qui confèrent à l’écriture nabokovienne une dimension cinématique. Les réflexions menées par les formalistes russes pourront être convoquées et on se demandera in fine si cette dimension ne constitue pas un trait distinctif de la littérature du XXe siècle (en comparaison avec, par exemple, La Roue rouge de Soljénitsyne).

 

3/ s’intéresser aux activités professionnelles que Nabokov a pu exercer dans le milieu du cinéma, aux scénarios sur lesquels il a travaillé et en particulier le script qu’il a écrit pour le Lolita de Kubrick.

 

4/ porter un regard critique sur les films inspirés des œuvres de Nabokov : qu’il s’agisse des chefs-d’œuvre bien connus que sont le Lolita (1962) de Kubrick ou le Despair (1978) de Fassbinder, mais aussi d’autres longs métrages ou courts métrages moins célèbres inspirés de la fiction nabokovienne. On pourra notamment s’interroger sur les notions d’adaptation et de traduction intersémiotique dans les films suivants (ou d’autres qui ne figurent pas dans cette liste) : La Défense Loujine (Marleen Gorris, 2001), Machenka (John Goldschmidt, 1987), Masha (Tamara Pavlyuchenko, 1991), La Méprise (Fassbinder, 1978), Roi, dame, valet (Skolimowski, 1972), Rire dans la nuit (Tony Richardson, 1969), Lolita (Lyne, 1997).

 

Portant non seulement sur l’œuvre de Nabokov mais aussi sur celle de cinéastes issus d’univers esthétiques, géographiques et culturels différents, cette manifestation scientifique s’inscrit dans deux des axes de recherche de l’UMR Eur’Orbem, à savoir, d’une part, l’axe « Culture populaires et cultures savantes », et, d’autre part, l’axe « Arts et transculturalité ».

 

Les propositions de communication, en français, anglais ou russe et d’un maximum de 300 mots, seront envoyées aux organisatrices, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, avant le 5 septembre 2020.

 

Organisation / contact :

 

Sophie BERNARD-LÉGER (CIRRUS – Eur’ORBEM, Société française Vladimir Nabokov)

bernard.sophie1@gmail.com

Daria SINICHKINA (CIRRUS – Eur’ORBEM, Société française Vladimir Nabokov)

daria.sinichkina@paris-sorbonne.fr

 

 

 

Nabokov and Cinema

International Symposium –December 3rd and 4th 2020La Faculté des Lettres de Sorbonne Université

andChercheurs enchantés : Société française Vladimir Nabokov

Call for papers

 

Although connections between cinema and Nabokov have been occasionally explored by scholars[5], no symposium has ever tackled the role that cinema plays in Nabokov’s work or the dialogic relation that exists between them.

However, the links between cinema and Nabokov’s œuvre are worthy of study, especially when one knows that as early as the 1920s Nabokov criticized cinema as a product of mass culture despite himself having worked as an extra in German movies[6]. What kinds of relationships are there between Nabokov and cinema? Is it a matter of influence or referentiality[7]? To what extent does his whole work bear the traces of Nabokov’s musing on the nature of the seventh art? As for cinema, how does it appropriate such an eminently literary œuvre? Isn’t it possible to read Nabokov’s famous 1962 quote “I don’t think in any language, I think in images[8]” as an invitation to compare and contrast the language of literature and that of cinema?

This international symposium aims at launching a transdisciplinary, intermedial reflection on those questions. Some of the directions could include, but are not limited to, the following:

 

1/ examining the presence of cinema in Nabokov’s work as ambivalent themes or patterns (for example its attraction-repulsion effect on fictional characters who are often obsessed with cinema), as intersemiotic allusions or as metaphor. One could in particular look at the way it reflects a certain culture (Russian, German, American…) or an anti-culture (by linking it to the poshlost’ of which Nabokov was so critical).

 

2/ shedding light on some of the Nabokovian literary devices and on how they allow the use of expressions such as “cinematic” or “cinematographic” writing (this is what Nabokov intended to do when he wrote Kamera Obscura[9]). One could also reflect upon his use of perspective effects or editing effects that one can detect in his work, or on the linguistic devices that give Nabokov’s writing a cinematic dimension (in Russian, one could think of his use of aspects). The Formalist movement and their production could also be an inspiration, to the point at which one could ask if this dimension does not constitute one of the main characteristics of literature in the 20th century (especially when compared to Solzhenitsyn’s The Red Wheel for example).

 

3/ looking into Nabokov’s work experience in cinema, or the scenarios he worked on, especially the script he wrote for Kubrick’s Lolita.

 

4/ analyzing the movies that were inspired by Nabokov’s novels, especially by studying the notions of adaptation and intersemiotic translation. Those movies could include the famous masterpieces by Kubrick (Lolita, 1962) or Fassbinder (Despair, 1978), but also some less known pieces, be they short or feature films, for example: La Défense Loujine (Marleen Gorris, 2001), Machenka (John Goldschmidt, 1987), Masha (Tamara Pavlyuchenko, 1991), La Méprise (Fassbinder, 1978), Roi, dame, valet (Skolimowski, 1972), Rire dans la nuit (Tony Richardson, 1969), Lolita (Lyne, 1997).

 

This symposium will tackle Nabokov’s work as well as that of movie directors who come from different countries and various aesthetic backgrounds. In that sense, it concentrates on two thematics of the research centre UMR Eur’Orbem: “Popular culture and scholarly culture” and “Arts and Transculturality”.

 

Proposals of no more than 300 words, in French, English or Russian, with a short bio-bibliographical note, should be emailed to the organizers before September 5th, 2020.

 

Organization / contact :

 

Sophie BERNARD-LÉGER (CIRRUS – Eur’ORBEM, Société française Vladimir Nabokov)

bernard.sophie1@gmail.com

Daria SINICHKINA (CIRRUS – Eur’ORBEM, Société française Vladimir Nabokov)

daria.sinichkina@paris-sorbonne.fr

 

[1] Sur les liens entre Nabokov et le cinéma on pourra se référer à l’ouvrage d’Alfred Appel Jr, Nabokov’s Dark Cinema, New York and Oxford: Oxford University Press, 1974 ou encore à l’article plus récent de Barbara Wyllie, “Nabokov and cinema” dans The Cambridge Companion to Nabokov, ed. Julian Connolly, Cambridge: Cambridge University Press, 2005. Pour les publications sur ce thème en français, on pourra consulter la rubrique “cinéma” de la bibliographie publiée sur le site de la Société française Vladimir Nabokov : https://www.vladimir-nabokov.org/bibliographie-ouvrages-critiques-thematiques-2/.

En russe, on peut mentionner la thèse d’Anastasia Smirnova, en histoire de l’art, soutenue en 2005 à Jaroslavl’ sur L’interprétation de l’œuvre de V.V. Nabokov dans le cinéma occidental.

[2]Voir Brian Boyd, Vladimir Nabokov: the Russian Years, Princeton University Press, 1990, p. 205 et p. 239.

[3] Les rapports entre cinéma et littérature au sein de la littérature russe ont notamment été interrogés par Léonid Heller dans « Cinéma, cinématisme et ciné-littérature en Russie. » Cinémas, volume 11, numéro 2-3, printemps 2001, p. 167–196. https://doi.org/10.7202/024852ar

[4] « I don’t think in any language. I think in images.”, Strong Opinions [1973], New York: Vintage, 1990, p. 14.

[5] See Alfred Appel Jr, Nabokov’s Dark Cinema, New York and Oxford: Oxford University Press, 1974 ; Barbara Wyllie, “Nabokov and cinema” dans The Cambridge Companion to Nabokov, ed. Julian Connolly, Cambridge: Cambridge University Press, 2005. For publications in French on this topic, see the website of Société française Vladimir Nabokov : https://www.vladimir-nabokov.org/bibliographie-ouvrages-critiques-thematiques-2/.

In Russian, see Anastasia Smirnova’s dissertation defended in 2005 in Jaroslavl’ on the interpretation of Nabokov’s œuvre in Western cinema.

[6] See Brian Boyd, Vladimir Nabokov: the Russian Years, Princeton University Press, 1990, p. 205 and p. 239.

[7] The relations between literature and cinema in Russian literature have been studied by Léonid Heller in “Cinéma, cinématisme et ciné-littérature en Russie”, Cinémas, volume 11, numéro 2-3, printemps 2001, p. 167–196. https://doi.org/10.7202/024852ar

[8] “I don’t think in any language. I think in images”, Strong Opinions [1973], New York: Vintage, 1990, p. 14.

[9] Laughter in the Dark in it’s English translation by the author himself in 1938.