Colloque International : « Vladimir Nabokov et la France »

Les Chercheurs enchantés : Société Française Vladimir Nabokov

Paris, 30 mai-1er juin 2013


BINTEIN, Bénédicte – Lycée d’Albertville, France
Une pointe de « grasseyement » : quelques faux Français dans l’œuvre de Nabokov 

    Le rôle des personnages français, ou feignant de l’être, est le plus souvent ambivalent dans l’œuvre romanesque de Nabokov, oscillant entre une séduction miroitante et une étroitesse d’esprit qui en tempère les effets. Le choix d’émailler d’idiotismes français l’angoissant fatras d’inepties des geôliers de Cincinnatus dans Invitation au supplice n’est pas anodin, et nous invite à penser que cette langue occupe une place de choix dans l’hybridation chère à l’auteur. Le français suscite une certaine fascination, à laquelle n’est pas étranger le « grasseyement » dont sont dotés nombre de personnages de cette nation, mais aussi beaucoup d’héroïnes russes (Machenka, Katya, Alla…) ; et il indique souvent une ambiguïté, une forme de danger sournois, comme chez cette madame Lecerf à l’identité usurpée, qui trouble in fine le portrait plutôt positif que V. élaborait de son demi-frère Sebastian Knight, ou, dans Look at the harlequins !, chez ce « Monsieur Pouf », qui semble donner du relief aux angoisses de l’auteur expatrié, et fournit du « faux Français » une version plus burlesque, mais non moins menaçante.  Certains véritables représentants de la France sont par ailleurs des imposteurs à divers titres : tricheurs, dissimulateurs. Le professeur d’université spécialiste de la langue française en fournit un exemple : dans Pnine comme dans Brisure à Senestre, Leonard Blorenge et le professeur Beuret sont des incapables, coupables d’incompétence et de plagiat pour le premier, ou, plus grave, d’emphase citationnelle voisinant avec une complaisance au régime en place dans le cas du second. On peut se demander quelle est la part de traîtrise conférée à la langue française – sans toutefois la réduire à ce rôle négatif-, en notant la présence de quelques sinistres messages qui, dans différents romans, émanent de personnages francophones.

 

Bénédicte Bintein, née à Lyon en 1982, a étudié la littérature à l’Université Lumière Lyon II ; son mémoire de maîtrise a porté sur Maurice Scève, poète lyonnais du XVIème siècle. Agrégée de Lettres Modernes, elle a été titulaire en zone de remplacement pendant plusieurs années et enseigne actuellement au lycée Jean Moulin d’Albertville, en Savoie.

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