Colloque International : « Vladimir Nabokov et la France »

Les Chercheurs enchantés : Société Française Vladimir Nabokov

Paris, 30 mai-1er juin 2013


 ALLADAYE, RENÉ – Université de Toulouse II-le Mirail, France

Pale Fire et la France : variations sur une recherche du temps perdu

    Cette communication se propose d’explorer la présence de la France dans Pale Fire (1962). Il s’agit de l’un des romans phares du versant américain de la carrière de Nabokov, mais ses premiers mots furent écrits à Nice, où les Nabokov résidaient en novembre 1960, et les échos français y sont particulièrement nombreux. Manifeste dans certains épisodes, ou parfois plus subtile, cette petite musique française se fait entendre autant dans le poème de John Shade que dans le commentaire de Charles Kinbote.
     En termes d’intrigue, la France joue un rôle non négligeable dans la vie de Shade (c’est également à Nice que sa fille, Hazel, a été conçue) mais marque surtout l’épopée zemblienne que retrace Kinbote : une grande part de l’aventure de Gradus se déroule ainsi entre Paris et la Côte d’Azur, selon un parcours qui mérite une analyse détaillée. Etudier le motif français dans Pale Fire, c’est aussi se pencher sur la présence de la langue française. Elle intervient dans le poème et occupe une place de choix dans le commentaire (on pense notamment à la note consacrée à Sybil Shade et à ses traductions françaises des poèmes de Donne et Marvell). Il s’agira enfin de montrer que le roman fait la part belle à la France en ramenant constamment le lecteur à sa littérature. La Recherche du Temps Perdu est omniprésente dans le poème autant que dans le commentaire (on songe par exemple à l’épisode de l’anniversaire de Shade), et son narrateur, Marcel, fait même une apparition dans l’Index, pourtant particulièrement sélectif, de Kinbote. L’intertextualité française est aussi largement portée par La Fontaine, autre auteur de référence du roman. Un réseau très dense d’allusions à ses fables donne sens à certains passages du poème autant qu’il informe de façon évidente certaines pages du commentaire.
   Ces explorations nous amèneront à apprécier la manière dont Nabokov, qui soulignait auprès d’un de ses biographes qu’il aurait pu être « un grand écrivain français » (M. Couturier, Nabokov ou la tentation française, Gallimard, 2011, 17), « rachète » en quelque sorte la lacune de cette occasion manquée en donnant à la France une place centrale dans l’un de ses romans les plus accomplis. C’est en ce sens qu’on lira Pale Fire comme une « recherche du temps perdu ».

René Alladaye est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Fontenay-Saint Cloud et agrégé d’anglais. Maître de Conférences à l’Université Toulouse II – Le Mirail, il a consacré sa thèse ainsi que nombre de ses travaux de recherche à l’œuvre de Vladimir Nabokov. Il participe à la publication de ses œuvres complètes dans la « Bibliothèque de la Pléiade » sous la direction de Maurice Couturier.

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